Astrid Varnay 

 

 

Messiaen aimait à me parler par analogie de son amour de l’orgue symphonique :

 

"cher ami, lorsque je joue les principaux 16-8 de la Trinité, j’entends en moi les cordes de Wagner, lorsque je joue les anches 16-8-4 du clavier G.O j'entends les cuivres wagnériens. Je vous encourage vivement à écouter l'exceptionnelle voix d'Astrid Varnay dans la Tétralogie ou dans Tristan ou dans Lohengrin. De toutes les cantatrices, cette femme a été la meilleure de toutes les wagnériennes. Ecoutez son médium moelleux, son grave chaud et chaleureux, ses aigus terrifiants et jamais agressifs. C’est une voix à la Cavaillé-Coll, la plus admirable de toutes. Je ne l'entendis que deux fois mais c'est un souvenir inoubliable. Oui, je vous le dis, Madame Varnay a une voix à la Cavaillé-Coll. Lorsque vous apprécierez autant que moi cette voix, alors vous comprendrez ce que je tente de vous expliquer"

 

De là date ma passion pour cette immense artiste

  

 

en Ortrud (Lohengrin) 

 

Astrid Varnay était née le 25 avril 1918 à Stockholm. Elle est décédée en septembre 2006 à Munich où elle résidait depuis de nombreuses années. Elle était une soprano suédoise puis naturalisée américaine, née d'un père ténor et d'une mère soprano colorature, tous les deux hongrois. Elle est mondialement connue essentiellement pour son interprétation d'héroïnes wagnériennes.

 

Astrid Varnay était dotée d'une voix aussi exceptionnellement puissante et endurante que sa compatriote et exacte contemporaine Birgit Nilsson, d’ailleurs les deux femmes se croisèrent souvent, notamment à Bayreuth, où l'une et l'autre furent des Brünnhilde inoubliables. Au jeu de la comparaison directe, par exemple dans le rôle d'Elektra, la voix d'Astrid Varnay semble plus chaleureuse, moins lisse que celle de sa rivale et néanmoins amie, plus expressive.

 

 

Brünnhilde

 

Tous les wagnériens de la planète la connaissent car elle fut la reine absolue de Bayreuth entre 1950 et 1968 où elle fut LA Brünnhilde, la plus fameuse, mais aussi une époustouflante Isolde aussi bien qu’une terrifiante et démoniaque Ortrud ou encore une Senta hallucinée du Vaisseau fantôme.

 

Astrid Varnay chantait également des rôles passionnants d’opéras de R.Strauss, comme le rôle-titre Elektra, mais aussi la Maréchale, la Nourrice ou Klytemnestre.
En fin de carrière, elle fut une saisissante Sacristine.

 

Certains pensent qu’elle fut un fantastique Mezzo-Soprano ayant de magistrales possibilités vers l’aigu, d’autres la qualifient de soprano dramatique. Laissons aux musicologues le soin clarifier le sujet.

 

 

 

Elle avait quelque chose de farouche dans le visage et dans la voix. Un timbre métallique, des traits anguleux, un regard noir – l’Ortrud idéale, qui passe de la véhémence démoniaque de « Entweihte Götter » à l’humilité fielleuse de « Hier zu deinen Füssen » avec un terrifiant naturel.

Elle avait aussi quelque chose de fascinant et d’immense. Comme si Brünnhilde, Isolde et Elektra lui étaient taillés sur mesure. Légendaire, elle l’a été dès ses débuts. Remplacer Lotte Lehmann en Sieglinde, un soir de broadcast au Met, entourée de Traubel, Melchior, Schorr, Kipnis et Thorborg, c’est jouer sa carrière à quitte ou double. La consécration, elle a pourtant dû l’attendre. Car si l’attaque de Pearl Harbor lui vole la vedette ce 7 décembre 1941 en rappelant les New-Yorkais à des préoccupations autrement plus cruciales, c’est peut-être pour que la révélation de ce phénomène vocal et scénique se fasse encore plus idéalement dix ans plus tard, dans l’écrin du Neue Bayreuth.

Nourrisson, elle dormait dit-on dans la loge de Flagstad pendant que celle-ci se produisait sur la scène du Met. A la fin de la guerre, c’est cette même Flagstad qui conseille à Wieland Wagner de choisir Astrid Varnay pour assurer la relève sur la Colline sacrée. Elle y deviendra une habituée pendant 17 étés. Aux côtés de Hotter, Mödl, Windgassen, Vinay, Rysanek, elle y écrit un éblouissant chapitre de l’interprétation wagnérienne mais aussi de la mise en scène d’opéra. Plus que tout autre, Varnay illustre la révolution scénique de Wieland Wagner, à tel point que sa stature et son maintien lui valurent cette célèbre remarque du metteur en scène : « Pourquoi aurais-je besoin d’un arbre sur scène lorsque j’ai Astrid Varnay ? ».

Sa discographie aussi se réduit presque exclusivement à ces étés passés sur la scène du Festspielhaus. Quelques (très) rares gravures en studio (qui ne pouvait de toute façon pas rendre justice à cette voix indomptable et rebelle), des live new-yorkais de la première époque, des traces de sa reconversion en mezzo dramatique… Tout le reste n’est qu’accumulation wagnérienne miraculeusement (méticuleusement ?) préservée par le disque pirate. Faute de l’image, on se contentera d’écouter ses Senta, Ortrud, Sieglinde, Kundry, Isolde et Brünnhilde qui révèlent, d’une année sur l’autre, une sorte d’acharnement à sonder le mystère wagnérien, le sens de l’opéra, dont l’interprétation s’enrichit au fil des représentations au lieu de s’épuiser
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en Ortrud                                                                                                     en Sacristine démente

 

en Elektra

 

Telle Kundry, elle n’aura de cesse d’arpenter les scènes en quête de nouveaux visages, de nouvelles métamorphoses, en une « seconde » carrière d’un fascinant éclectisme – avec néanmoins une attirance toute particulière pour les rôles ambigus (Claire Zachanassian de la Visite de la vieille dame, Leokadja de Mahagonny, Mother Goose du Rake’s Progress), désespérés (Mamma Lucia, Kabanicha de Katia Kabanova), névrosés (la démente haineuse et sanguinaire reine Klytemnestra dans Elektra, la tueuse Herodias dans Salomé) voire damnés (Kostelnicka ou la Nourrice de la Femme sans ombre)…

Les monstres sacrés sont éternels, mais pas immortels. En consciencieuse gardienne du temple, Astrid Varnay s’est assuré que tous ses collègues (Rysanek, Mödl, Hotter, et plus récemment Nilsson) se soient retirés au Walhalla pour pouvoir les y rejoindre. Mais en l’état actuel du chant wagnérien, on se demande quelle walkyrie a bien pu l’y conduire.

 

 

 

en Klytemnestre démoniaque                                                                                            à son domicile (dernière partie de carrière)

 

 

 

   

en Klytemnestre, reine sanguinaire assoiffée de sang

 

Le Neubayreuth (le nouveau Bayreuth), c’est aussi une avalanche de grands noms de l’histoire du chant. A la réouverture, Wolfgang Windgassen fait ses débuts dans le « temple » avec Parsifal et le public assiste aux prises de rôles de Martha Mödl (Kundry), Leonie Rysanek (Sieglinde), Astrid Varnay (Brünnhilde) ou encore Elisabeth Schwarzkopf (Eva et Woglinde). A la tête de l’orchestre, Hans Knappertsbusch et Herbert von Karajan font des merveilles. Décidément, en dehors de toute considération politique, il fut un temps où le pèlerinage de Bayreuth n’était pas vain. La Colline, qui joue aujourd’hui sur le mythe du lieu, n’est même plus l’ombre de cette époque. Mais revenons au « Nouveau Bayreuth », an II (1952), date de l’enregistrement qui nous occupe, où Joseph Keilberth prend les rennes de la Tétralogie, qu’il conservera jusqu’en 1956, en alternance avec Krauss et « Kna », l’ennemi juré. Plusieurs exécutions de ces Ring sont enregistrées, dont celui de 1955 qui fait figure de « référence » dans le discographie de Keilberth (Testament). Trois ans plus tôt, la réussite était déjà non négligeable..

 

 

Hérodias

 

Pour ma part, j'ai toujours été enthousiasmé et fasciné par certaines de ses interprétations qui frôlent la démence meurtrière, tels des rôles comme Klytemnestre, la reine sanguinaire qui ne peut trouver le sommeil qu'en faisant égorger des esclaves ou Salomé qui fait décapiter Saint Jean-Baptiste pour mieux l'embrasser, ou la reine Herodias du même opéra 

 

 

 

Astrid Varnay en 2005, âgée de 87 ans, un an avant son décès

 

Avec l’âge, la voix d’Astrid Varnay perdait de sa souplesse tandis que Birgit Nilsson conservait jusqu’à plus de 70 ans certaines de ses possibilités vocales avec toutefois moins de caractère, mais le timbre de Varnay conservait bien plus de couleurs et d’authenticité.

 

On comprend aisément qu’Olivier Messiaen m’ait recommandé d’écouter cette artiste. A l’époque, je n’avais guère d’autre choix que me procurer les enregistrements microsillons 33 tours. Aujourd’hui, de nombreux CD resurgissent de différentes archives. Les techniques actuelles permettent de nettoyer les bandes et de restituer un son absolument merveilleux.

 

Regardez et écoutez Astrid Varnay

 

Pour ma part, j’encourage le lecteur à se rendre à la page CD pour connaitre les meilleurs enregistrements.

 

 

Ses meilleurs WAGNER son désormais disponibles chez le label Testament