La Trinité - Paris

L’empereur Napoléon III émit le souhait de voir construire plusieurs grandes églises sur la rive droite. En effet, la plupart des grands édifices se trouvaient jusque là sur la rive gauche. Haussmann et Ballu travaillent sur le projet. La décision de construire l’église de la Trinité fut prise à l’Assemblée le 22 septembre 1855. L’édifice est construit dans le récent quartier au nord du nouvel opéra lui-même en cours de construction, lors des grands travaux d’aménagement de Paris par le baron Haussmann, est dessiné par l’architecte Théodore Ballu qui a aussi construit l’église Saint-Ambroise. Ballu se verra aussi confier la reconstruction de l’Hotel de Ville après sa quasi destruction par la plèbe durant les évènements de la Commune, la réfection de l'Hotel de Ville du 1er arrondissement, la restauration de l'église Saint-Germain l'Auxerois, la réfection de la tour Saint-Jacques, etc.... (le quartier est alors très élégant à cette époque et n’est pas encore envahie par les immondes réaménagements en bureaux administratifs de compagnies d’assurances qui nuisent au bien être des classes sociales élevées depuis la seconde moitié du 20ème siècle) Le contrat est accepté en décembre 1864, le chantier commence en 1865. En fin de travaux, Aristide Cavaillé-Coll envoie un courrier le 10 juillet 1868 pour informer que l'instrument est achevé.
Pour cet énorme édifice, Ballu s’inspire d’éléments de Renaissance italienne et française mais dans son ensemble, l’édifice reste un pastiche plus ou moins réussi selon les appréciations de chacun. Si l’église de la Trinité n’est pas reconnue comme une merveille, il en est de même pour Saint-Ambroise et l’Hotel de Ville qui ne sont pas des édifices du meilleur raffinement. L’église de la Trinité fut un temps baptisée la « cathédrale rive droite »
Au sujet des grandes orgues de la Trinité, je renvoie le lecteur au chapitre des contextes de la réalisation de cet instrument (Paris sous le second empire, etc...)
1905 - On répare la façade de l'église de la Trinité. Bien qu'elle n'ait pas encore quarante ans d'existence, elle commençait, parait-il, à s'effriter (les pierres de moindre qualité provenaient d'une carrière "secondaire") Le monument de Ballu n'a rien à gagner ni à perdre, sans doute, au point de vue esthétique, à ces travaux de pur entretien, et personne n'y aurait pris garde si l'échafaudage élevé autour de la flèche principale et des deux clochetons latéraux de l'église n'était, en soi, une merveille de grâce aérienne, de beauté même, en son genre un chef-d'oeuvre, et, en ce moment, à tout le moins, une des curiosités de Paris. Il est d'une légèreté qui confond et qui inquiéterait un peu, si l'on n'avait, d'autre part, la certitude que le système a fait ses preuves de solidité. Et les passants s'arrêtent involontairement pour le contempler, les uns étonnés, les autres ravis de tant d'élégance et de tant d'audace.
En quelques jours, l'échafaudage de la Trinité a surgi de terre et escaladé la façade qu'il garnit si joliment. Les éléments principaux, comme on le voit sur notre gravure, en sont des échelles, qui forment les montants, l'armature essentielle. Il en est entré dans la confection de cette charpente environ deux cents de 14, de 12 de 10 mètres de long. Le tout ne cube que 155 mètres. Et c'est un fort remarquable travail aux yeux des constructeurs comme à ceux des artistes.
Résumé :
Premier devis estimatif en septembre 1864.
Devis complémentaire en juin 1865
Second devis complémentaire pour perfectionnements en juillet 1865
Troisième devis de perfectionnement en février 1867
Février 1868 un mémoire général des travaux complémentaires est établi par Cavaillé-Coll
L'instrument est achevé en juillet 1868
Le 16 mars 1869 l’instrument est inauguré par Widor, Franck et Saint-Saëns, le programme joué est longtemps resté dans les mémoires collectives. Le tout Paris venait y écouter les sonorités du nouvel instrument sorti des renommés ateliers de la rue de Vaugirard.
Le premier titulaire, Alexis Chauvet ne reste heureusement que trois années (Messiaen qualifiait - à juste titre - sa musique inintéressante). Alexandre Guilmant obtint le poste en 1871 et donna sa démission en 1901 alors qu’il était farouchement opposé à des travaux qui furent confiés à Merklin (les montres et prestants sont hélas durçits, les dents de biseaux sont attenuées et n'ont plus tout à fait les mêmes sonorités d'antan)
Mars 1891 devis de relevage et perfectionnements du grand orgue....refusé
1892 devis de relevage de l'orgue d'accompagnement.... refusé
1899 devis de relevage et adjonction de jeux... refusé
Au sujet de son orgue, Alexandre Guilmant en disait : « J’ai à la Trinité un grand orgue dont le mécanisme n’a pas été retouché depuis plusieurs années et qui néanmoins fonctionne avec une précision mathématique. Ce que j’admire le plus dans les ouvrages de M. Cavaillé-Coll, c’est l’art avec lequel ses jeux sont harmonisés, leur variété de timbres et la rondeur des jeux de fond. Pour me résumer, je crois en conscience que M. Cavaillé-Coll est certainement le plus habile facteur d’orgues de notre époque ».
1931 – Olivier Messiaen est nommé titulaire.
1934 - il fait entreprendre des travaux par la société Pleyel-Cavaillé-Coll, avec adjonction d’une nouvelle machine Barker pour tracter la mécanique du Positif et ajout de sept jeux supplémentaires qui prennent place sur des sommiers pneumatiques. L’instrument comporte désormais 53 jeux.
1953 – nouveau relevage par la même société. La maintenance est assurée par Jean Perroux, Eugène Picaud et son fils Jacques.
1962-1965 – démontage complet de l’instrument par Beuchet-Debierre (qui venait de réaliser les travaux de Sainte-Clotilde) Electrification de toutes les commandes, installation d’une nouvelle console construite par René Oré. Ajout de nouveaux jeux. Michel Mertz et Jacques Picaud prennent en charge l’harmonisation. Malheureusement, eux aussi eurent tendance à atténuer des dents de biseaux.
1966 - installation du combinateur électromécanique.
1979-1980 – Grand relevage par Jacques Picaud, François Sebire et Olivier Glandaz. Le bois des commandes de notes n’était pas assez sec et suintait de résine, elles sont refaites par René Oré qui avait conservé les plans Beuchet.
1989-1990 Restauration intérieure de l’édifice en entier
1992-1993 Restauration par Olivier Glandaz

le 16 mars 1869 - Camille Saint-Saëns joue pour l'inauguration avec Ch.M.Widor et César Franck

Alexandre Guilmant la nef et la tribune en 1931

Les grands travaux de 1934
Ajout de sept nouveaux jeux:
Nota Bene: Les ajouts de 1934 au Récit nécessitèrent d'être installés sur un petit sommier supplémentaire, à traction pneumatique (de qualité assez médiocre d'après les commentaires de l'équipe Beuchet-Debierre qui démontait le tout en 1962)
Idem pour les ajouts du Positif de 1934 sur sommier pneumatique
Les grands travaux de 1962 par BEUCHET-DEBIERRE
Voir les plans de l'instrument, avec la disposition des sommiers et la distribution du vent
Messiaen fait ajouter encore sept nouveaux jeux :
Autrefois, le Positif ne comprenait que les anches suivantes : basson 16, trompette 8, clarinette 8
1978-1979 Relevage-restauration par Jacques Picaud, et Olivier Glandaz. Il fallait profiter de ces travaux pour refabriquer de nouvelles commandes de notes. En effet, celles installées en 1962 montraient plusieurs signes de faiblesse car le bois utilisé à l'époque suintait de résine, de nombreuses notes collaient. Ayant conservé les plans, René Oré se chargea de refaire toutes les commandes à Nantes et vint aider à leur installation. Toute la tuyauterie fut déposée afin d'être dépoussiérée et nettoyée, certains résonateurs furent redressés, de nombreux soufflets répétiteurs furent ré-empeaussés, toutes les boursettes changées, y compris celles des moteurs de traction de jeux, puis Jacques Picaud fit un grand accord général. C'est après ces travaux que Nadia Boulanger décéda. Ses obsèques se déroulèrent à la Trinité mais Messiaen refusa catégoriquement de jouer, considérant mademoiselle Boulanger étant à la source d'une mauvaise musique et imposa à Jean Bonfils de jouer aux funérailles.
En 1988 le chef d’orchestre Seiji Ozawa avait demandé que le diapason du grand orgue en tribune soit relevé au 444 voir même au 448 pour venir diriger une oeuvre orchestre et grand orgue. Messiaen refusa catégoriquement que l’on touche un seul tuyau de l’instrument et le chef d'orchestre dut se replier vers un autre lieu.
Les travaux de 1992-1993 (suite aux travaux de rénovation intérieure de l’édifice)
Titulaire
Loïc Mallié organiste titulaire à Saint-Pothin, Lyon
adjoints
Thomas Lacôte (organiste titulaire des grandes orgues de la cathédrale de Bourges)
Jean-François Hatton (organiste titulaireà Saint-Ferdinand des Ternes à Paris)


L'église dispose d'un orgue de choeur, aussi construit par Cavaillé-Coll. L'instrument était installé sur le triforium Est au-dessus du maître autel. En 1982, sur la suggestion du père André Payon, nous descendîmes l'instrument à son emplacement actuel, au grand regret de son organiste, monsieur Souberbielle. Mais l'avantage est que l'instrument sonne désormais beaucoup mieux dans la nef. Le diapason de cet instrument était au LA 435 (comme l’instrument en tribune)
Grand orgue Récit Pédale
Bourdon 16 Gambe 8 Soubasse 16
Montre 8 Bourdon 8 Bourdon 8
Flûte harm. 8 Voix céleste 8 Basson 16
Gambe 8 Flute octaviante 4
Prestant Basson 16
progression harmonique 2-4 rgs Trompette 8
Modification 1892
Titulaire: Carolyn Shuster-Fournier