
Jean-Jacques GRUNENWALD (1911-1982)
Irremplaçable et mémorable titulaire des grandes orgues de Saint-Sulpice, il avait déjà 60 ans lorsqu'il fut nommé en 1971 après la mort de marcel dupré. Avant Saint-Sulpice, Grunenwald était titulaire des grandes orgues de l'église Saint-Pierre de Montrouge où déjà le public venait de loin écouter ses fameuses improvisations. Ce grand musicien est pour moi l’un de mes meilleurs souvenirs de ma carrière. Il ne quitta pas ses claviers jusqu’à son décès survenu beaucoup trop tôt, il n’avait que 71 ans. J’avais souvent le plaisir de le rencontrer, d’abord avec Jacques Picaud avec qui il entretenait une profonde et sincère amitié, puis plus personnellement après le décès de Jacques Picaud. Décidément, les grands partent toujours trop tôt. (les autres s'en vont souvent trop tardivement...)
Pourquoi Jean-Jacques Grunenwald voulait-il m’aider dans ma toute jeune profession et pourquoi s’impliquait-il tant pour m’apporter son soutien ? je n’en saurais hélas jamais rien. Je sais seulement que lors des réunions de la commission des orgues de la Ville, il souhaitait vivement m’aider à obtenir quelques chantiers. Nous n'étions pourtant pas intimes, mais j'aimais beaucoup ce grand musicien.
J’ai encore en mémoire ses fabuleuses sorties improvisées, ses concerts magistraux qu’il donnait certains soirs et où le tout Paris artistique se rendait pour ne surtout pas rater de tels moments. Je le revois encore arrivant devant Saint-Sulpice, son fils Gérard au volant de la magnifique 604, ouvrant les portières du véhicule à ses parents. Le Maître arrivait.
Je me souviens de deux mémorables soirées de concerts donnés en alternance avec Jean Guillou invité à venir partager l’instrument pour des moments qui resteront éternellement gravés dans ma mémoire et de celle des auditeurs qui eurent la chance et le privilège d'être là. Mais je conserve aussi cet accueil toujours chaleureux du dimanche matin lorsque je venais lui rendre une petite visite impromptue et j’entends encore dans ma mémoire auditive ses fresques sonores fulgurantes, d’une construction parfaite et d’un parfais bon goût (ce qui change de ce qu'on entend actuellement !! )
Au décès de Jacques Picaud, il était venu à ses obsèques à Saint-Lambert de Vaugirard, accompagné de Messiaen. L’orgue était tenu par Suzanne Chaisemartin pour le service funèbre. A la fin de l’office, tous deux m’attendaient sous le porche et avec une voix très douce :
« Olivier, vous êtes jeune, vous venez de perdre votre maître. Mon ami Messiaen et moi-même venons de parler, nous souhaitons vous aider à continuer le beau travail de Jacques Picaud. Nous vous confions nos orgues de Saint-Sulpice et la Trinité, nous vous accordons notre totale confiance, nous vous demandons de réfléchir pendant quelques temps à notre proposition, mais si vous l’acceptez, nous vous demandons de vous impliquer totalement »
Et tous deux m’embrassèrent avec beaucoup d’affection. J’avais 23 ans.
Jean-Jacques Grunenwald est mort chez lui, rue Dupont-des-loges, un dimanche de décembre 1982 après avoir joué les offices. Depuis ce jour, les orgues de Saint-Sulpice n’auront plus jamais sonné comme il savait si bien le faire. C’est une époque définitivement révolue.
Cher Maître, vous me manquez.




Ce que Messiaen disait de Grunenwald :
