Manufacture de grandes orgues

Beuchet-Debierre

 

Louis Debierre 

 

 

LOUIS DEBIERRE

 

Son père, ébéniste à Nantes, le forme en apprentissage dans l’atelier familial. En 1859, à dix-sept ans,  il poursuit sa formation à Paris auprès de Thiébault, ancien compagnon chez Daublaine et Callinet puis chez Debain. En 1862 il rentre à Nantes. Dès son retour il met à profit son expérience parisienne et entame ses premiers chantiers. Georges Schmitt, alors organiste à Saint-Sulpice ne manque jamais d’éloge au sujets de ses instruments. Louis Debierre débute de façon modeste, il offre ses services pour assurer des entretiens et accords, l’activité prend doucement son essor, une petite clientèle se constitue dans le milieu catholique.

 

Comme pressentie, l’introduction de Louis Debierre dans le milieu catholique de l’Ouest ne doit rien au hasard. Il est de ceux qui se défient du pouvoir de Napoléon III qui, avec la campagne d’Italie de 1869 s’attire l’hostilité des catholiques français. A partir de 1870 il regarde avec défiance la République qui s’installe. Il est et demeure royaliste, il déteste les francs-maçons et l’exprime. Il appartient au groupe actif du bastion catholique qui n’hésite pas à résister aux décisions de l’Etat. Louis Debierre ne manque pas une occasion d’agir pour les intérêts du clergé séculier et régulier. Il a de fréquents contacts avec l’abbaye de Solesmes. Son engagement, connu du clergé, lui ouvre les portes nécessaires à l’obtention de certains marchés de construction et de restauration ou d’entretien. Il demeure intraitable sur les questions religieuses et les obligations qui découlent des commandements de l’Eglise Catholique Romaine.

 

A partir de 1888, Louis Debierre met au point le premier système de traction électrique. Lorsque l’organiste appuie une touche, un contact électrique de basse tension placé sous le clavier actionne un petit moteur (électroaimant), celui-ci ferme un soufflet, lequel tire la soupape qui laisse entre l’air dans la note correspondant aux tuyaux des jeux ouverts. Le système Barker-Peschard-Debierre est une réussite et justifie le dépôt d’un brevet. Cette étape marque un tournant dans le parcours de Debierre qui désormais dotera de la traction électro-pneumatique ses instruments importants. Le mécanisme perfectionné utilisé par Debierre passe l’épreuve du temps : en usage dans plusieurs instruments depuis plus d’un siècle, il fonctionne toujours. 

 

En 1895, la manufacture tourne à plein régime, il fait un voyage d’étude où il rencontre des confrères de l’Est de la France. Louis Debierre et les siens songent à des extensions possibles à partir de la base nantaise solidement implantée.

 

L’ambition prend forme : reprendre l’établissement parisien Cavaillé-Coll car le maître cherche un successeur. Le projet tourne court. A partir de 1905, le contexte est des plus difficiles en raison des affrontements entre l’Eglise et l’Etat. Lorsque la Grande Guerre éclate, Louis Debierre a soixante-douze ans, sa femme décède en 1914, son fils meurt au front en 1915. Lui-même n’est pas à l’abri d’une disparition soudaine. Sa fille et son gendre, PIERRE BEUCHET tentent un rapprochement avec Charles Mutin, successeur de Cavaillé-Coll.

 

En 1919 Louis Debierre rencontre Georges GLOTON. L’entente est rapide, Gloton rachète le fonds de commerce et la clientèle de la manufacture. Sans enfant, Georges Gloton accueille le jeune Joseph BEUCHET, petit-fils de Louis Debierre. Il l’invite à accepter la rude tâche de diriger la manufacture Cavaillé-Coll alors en mauvaise posture. Après bien des vicissitudes, la maison CAVAILLE-COLL cessera toute activité en 1947.

 

En 1934 la manufacture DEBIERRE-GLOTON ouvre une succursale à Paris. Après la Seconde Guerre mondiale, la manufacture est dirigée par Joseph BEUCHET-DEBIERRE. Elle est devenue à compter des année 1950 la première manufacture d’orgues de France. A Paris, sa succursale, très active, favorise l’obtention de superbes marchés, tels Notre-Dame d’Auteuil, Saint-Etienne-du-Mont, Sainte-Clotilde, La Trinité, Les Invalides… dirigés par Eugène PICAUD puis son fils Jacques PICAUD – ce dernier, grand ami de Maurice Duruflé, de Jean Langlais, d’Olivier Messiaen, de Jean-Jacques Grunenwald.

 

Au décès de Joseph Beuchet-Debierre en 1970, l’affaire est reprise par son fils également prénommé Joseph. Dans les années 1970, un vent esthétique nouveau soutient que les manufactures d’orgues produisent des instruments standardisés. Ces propos s’appuient sur la percée de l’interprétation dite baroque ou ancienne de partitions jouées sur instruments anciens ou copies d’ancien. Ce mouvement grotesque et condamnable en tous points aura précipité la disparition des manufactures françaises dont les mutations s’inscrivaient nécessairement dans un temps plus long.

 

 

 

Après la seconde guerre, la manufacture GLOTON-DEBIERRE tout comme BEUCHET-DEBIERRE effectue les plus fameuses réalisations, restauration/reconstructions des plus beaux instruments de France, ainsi par exemple:

 

  • Saint-Etienne-du-Mont, Paris, (Gloton-Debierre 1949, Beuchet-Debierre 1956)
  • Saint-Louis des Invalides, Paris, (Beuchet-Debierre 1955 à 1957)
  • Cathédrale d’Angers, (Louis Debierre 1907) (Gloton-Debierre 1937)  (Beuchet-Debierre -1957-1959)
  • Cathédrale de Nantes, (Gloton 1933 et Beuchet-Debierre 1955 à 1960)
  • Saint-Sulpice, (relevage 1950 par Beuchet-Debierre)
  • Sainte-Clotilde, Paris, (Pleyel 1933) (Beuchet-Debierre 1960)
  • Sainte-Trinité, Paris, (Pleyel 1934) (Beuchet-Debierre 1962)
  • Cathédrale d’Angoulême, (Beuchet-Debierre 1965)
  • Eglise Saint-Marcel, (orgue neuf Beuchet-Debierre)
  • Notre-Dame d’Auteuil, (Gloton-Debierre 1937)
  • Saint-Lambert de Vaugiard (Debierre 1901, Beuchet-Debierre 1972)
  • Eglise du Saint-Esprit, Paris (Gloton-Debierre 1934) 

D’autres grands édifices de France reçoivent les équipes Beuchet, tels :

-       abbatiale Saint-Ouen à Rouen : relevage Gloton-Debierre 1941, travaux Beuchet-Debierre 1955

-       Saint-Godard de Rouen en 1960

 

D’autres édifices reçoivent des instruments neufs, tels par exemples l’abbaye du Mont Saint-Michel en 1965 ou la Collégiale St-Aubin de Guérande en 1955, etc...

 

La maison mère était installée à Nantes, 45 rue du préfet Bonnefoy.

L'antenne Parisienne se situait au 119 rue Cambronne dans une cour. Les ateliers étaient anciennement des étables d'ânes et se divisaient en deux parties principales plus une petite annexe.

La maison avait aussi une antenne à Bordeaux et à Noyon

 

L'antenne parisienne était sous la responsabilité d'Eugène Picaud puis son fils Jacques Picaud

 

Jacques Picaud

 

 

Les consoles BEUCHET-DEBIERRE sont reconnaissables entre toutes. A partir de 1949, le compositeur Maurice Duruflé donne son impulsion pour l'agencement visuel. Les jeux sont disposés par claviers mais aussi par familles de timbres et par hauteur de son sur des pans inclinés de chaque côté des bras de claviers

 

Malheureusement, Joseph BEUCHET, fils, ne sut pas donner une nouvelle impulsion à la manufacture, de nombreux courriers restaient sans suite, des factures non envoyées aux paroisses et clients. Le marché non abouti de l’orgue monumentale pour le Palais des congrès finissait d’achever la maison juste après la fin des travaux de restauration de l’orgue des Invalides à Paris, avec adjonction de la chamade.  La manufacture du 45 rue du Préfet Bonnefoy fermait définitivement ses portes 

 

dans cette magnifique bâtisse étaient réalisés les plus fameux instruments 

 

l'équipe Beuchet-Debierre à Saint-Etienne du Mont après guerre

lors du démontage total de l'instrument